La fierté et la joie à travers la musique
Par Gypsy Walukones, responsable de la communication
Mon collègue Cam a récemment partagé une invitation à certains de ses concerts, dont plusieurs matchs de football sur le thème de la Fierté. Le Mois de la Fierté et le football étant deux sujets très en vogue en ce moment, j’avais hâte d’en savoir plus sur cette association et j’ai rencontré Cam pour en savoir davantage.
Les réponses à l'entretien ci-dessous ont été retravaillées pour plus de clarté.
Q : Pouvez-vous nous parler un peu du rôle que jouent la musique et la scène dans votre vie ?
Cam et les membres de sa famille lors de la Pride en 2023
R : Je pourrais parler pendant trois heures rien que de cette question… La musique, c’est ma vie ! Je m’y consacre depuis que j’ai 9 ou 10 ans. J’ai suivi un enseignement à domicile avec mes frères, et c’est ma mère qui nous a appris à jouer de la flûte à bec, notre premier instrument. Mon frère Cameron et moi jouions des duos pour nos proches, juste pour le plaisir, et parfois à l’église.
Ma mère nous a inscrits, mes frères et moi, à l’orchestre quand j’étais en 6e ou en 5e. On était allés voir un concert, et j’avais tout de suite rejeté l’idée à l’idée de jouer devant un public, mais ma mère m’a inscrite quand même et je suis super contente qu’elle l’ait fait. J’étais une enfant très pragmatique, alors j’ai choisi le saxophone alto : je l’avais vu dans des orchestres symphoniques et des groupes de jazz, et je voulais garder toutes mes options ouvertes. Je me suis tout de suite prise au jeu. Notre emploi du temps scolaire à la maison était flexible et ma mère a dû instaurer une règle : nous n’avions pas le droit de répéter avant midi pour être sûrs de faire nos devoirs. L’année suivante, je me suis mise au saxophone ténor, puis à la trompette, au trombone, au cor et au baryton. On roulait dans notre monospace avec huit étuis de musique à l’arrière !
J’ai fait tout ça pendant mes années de lycée, puis je suis allée à l’université pour étudier la musique. Même si ce n’était pas forcément très pratique, je suis contente de l’avoir fait : évoluer dans le milieu universitaire en étudiant la musique, entourée d’autres personnes avec qui passer du temps et répéter, ça a été une expérience formidable. Cameron a d’ailleurs fréquenté la même université, lui aussi pour étudier la musique (ainsi que les arts plastiques). Nos parcours se sont croisés pendant deux ans et nous avons donné plusieurs concerts ensemble ; j’ai d’ailleurs joué un duo avec lui lors de mon récital de fin d’études, ce qui a été un moment vraiment spécial, comme si la boucle était bouclée.
Q : Depuis combien de temps chantez-vous au sein du Seattle Men’s Chorus ? Comment en êtes-vous venu à vous y joindre ?
Cam (à gauche) apporte la joie des fêtes avec le Seattle Men’s Chorus pendant les fêtes de fin d'année
R : J’ai rejoint la chorale à l’automne 2017, je vais donc bientôt recevoir mon insigne des 10 ans (les membres reçoivent un insigne tous les cinq ans). Il y a même des gens qui en font partie depuis 40 ans ! J’avais un peu chanté à l’université, mais je ne m’y étais jamais vraiment mis. Quand j’ai rejoint le SMC, c’était peu après ma transition et le début de mon traitement à la testostérone. Même s’il ne s’agissait pas de cours particuliers, le chef de chœur expliquait souvent au groupe comment obtenir tel ou tel son dans nos chansons, ce qui m’a permis d’apprendre à chanter avec ma nouvelle voix.
J’ai rencontré pas mal de bons amis grâce à la chorale, et ça a été vraiment génial de trouver ma place au sein de ce grand groupe de passionnés de musique gay : de tisser des liens avec des personnes neurodiverses , d’autres hommes trans, certaines personnes plus introverties, d’autres personnes noires.
Se retrouver chaque semaine avec 150 autres personnes pour chanter ces messages positifs est une lueur d'espoir quand le monde traverse des moments difficiles.
Q : Au-delà des représentations sur scène, parlez-moi un peu de l’impact de la chorale au sein de la communauté.
R : Nous nous sommes récemment rendus dans deux écoles de Mercer Island dans le cadre d’un projet pilote (nous en organiserons d’autres dans les années à venir) pour chanter et échanger avec les élèves. Nous avons interprété des extraits de notre récent spectacle *The Wicked Wiz of Oz*, qui traitaient tous du thème de l’acceptation de soi et de l’importance de rester fidèle à soi-même. Le chef d’orchestre a tenu un discours sur le harcèlement dont il a été victime en raison de son homosexualité, et sur la façon dont l’un de ses camarades de classe, un garçon très populaire, l’avait pris à part pour lui dire qu’il n’y avait aucune raison d’avoir honte. Aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années, il a expliqué à quel point ces paroles l’avaient marqué. L’objectif était donc principalement de s’adresser aux alliés hétérosexuels et de souligner l’importance de prendre la parole, d’inviter les gens à s’asseoir à vos côtés et de ne pas rire d’une blague méchante.
Parfois, j'ai du mal à croire à quel point ma vie est géniale en ce moment !
Plus généralement, le Seattle Men’s Chorus est l’une des chorales les plus anciennes et les plus importantes du réseau GALA Choruses [sa première représentation remonte au printemps 1980]. Le simple fait d’exister était déjà un exploit à l’époque. Les gens ne voulaient pas que leur nom figure dans le programme, car ils craignaient les conséquences que cela pourrait avoir.
Q : Depuis combien de temps joues-tu avec Reign City Riot ? Comment as-tu rejoint le groupe ?
R : Riot fait partie de l'association à but non lucratif Rainbow City Performing Arts. Cette dernière compte un groupe de jazz, un orchestre, une troupe de color guard, ainsi que d'autres formations. Je me suis arrêté à leur stand lors de la Capitol Hill Pride en 2015, où ils parlaient de créer une fanfare queer pour adultes. J'ai commencé à jouer du saxophone dans l'orchestre de concert, puis j'ai rejoint la fanfare en 2016 en tant que percussionniste.
En 2018, un de mes amis a envoyé un e-mail au Seattle Reign pour leur demander s’ils pouvaient venir jouer, de manière ponctuelle, lors de leurs matchs. Je n’y suis allé qu’à quelques-uns cette année-là. C’est incroyable de voir à quel point le groupe s’est développé depuis. C’est ma première année avec les Riot tels qu’ils sont aujourd’hui : une grande fan-band sportive avec des vestes « letterman » et des chefs de section.
Il y a quelque chose de particulier dans le fait de faire vibrer le public, de lui apporter beaucoup de joie et d’énergie, de bouger avec son instrument, de danser, d’être présent et vivant, et de laisser s’exprimer ses émotions. Ça a été vraiment sympa cette dernière année de concilier Riot et la chorale. La chorale est très intérieure : respiration, harmonie, timbre. Jouer de la batterie pour Riot est plus mécanique : marcher et bouger. Faire les deux sollicite différentes parties du corps et du cerveau et couvre tous les aspects d’une manière vraiment géniale.
Reign City Riot se produira lors du « Pride Match » du Salmon Bay FC
Q : Voyez-vous des liens entre votre engagement associatif et votre vie musicale ?
Le Seattle Men’s Chorus partage sa musique et un message fort avec les collégiens de Mercer Island
R : L'esprit d'équipe est similaire : cette ambiance où des gens se réunissent pour faire quelque chose qu'ils jugent important et apporter leur contribution au monde. De plus, ces deux organisations sont à but non lucratif, je joue donc un rôle différent en tant qu'artiste bénévole.
Q : Pourquoi pensez-vous que la joie queer soit si importante à notre époque ?
R : Eh bien, c’est une question un peu piège ! La joie en général est extrêmement importante, et la joie queer en particulier, en tant qu’antidote à toutes les conneries négatives qui circulent. Se produire avec des groupes de musique queer apporte du plaisir, un sentiment d’appartenance à une communauté et une lueur d’espoir, tout en offrant une visibilité à celles et ceux qui ne peuvent pas s’afficher ouvertement ou qui, pour d’autres raisons, ne ressentent pas autant de joie à ce moment-là.
C'est un honneur pour moi de travailler aux côtés de personnes comme Cam, dont l'engagement envers la communauté et les liens sociaux imprègne toute sa vie, bien au-delà de son travail à Ballard Food Bank. Vous pourrez voir Cam se produire avec le groupe Riot lors du « Pride Match » du Ballard FC le 5 juillet et lors de celui du Seattle Reign le 14 août.